Ondubground : Bad Side
Il y’a quelques semaines de cela, nous vous posions la question de savoir qu’elle était pour le moment votre plus gros coup de cœur sur Ink. Et je dois avouer que c’est avec l’émotion d’un père qui prend la pleine mesure de son enfant que j’ai pu lire Ondubground parmi les réponses. Le sentiment est pour le moins étrange. Un mélange de beaucoup de choses. De ton point de vue lecteur, je ne sais pas comment tu le vis, mais du mien mes articles sont comme autant de sermons. Si je ne suis pas religieux, je Crois (oui oui avec une majuscule) en la musique. Me perdre dans une mélodie restera pour moi la plus belle des prières. Et comme tous les sermons, certains se veulent apaisants, d’autres plus véhéments. Mais mon leitmotiv, la deuxième raison (le première étant mon gout certains pour les jolis mots) pour laquelle je reviens chaque semaine (ou presque) pour te donner à croquer un bout de mon univers, Lecteur, c’est parce que je veux partager ces formidables émotions que créent un bon morceau sur ma pieuse personne. Donc, Denis Blanc, si tu lis ces lignes, je te remercie mille fois pour la joie que ces quelques caractères jetés sur ton clavier aura provoqué chez moi. Tu m’aurais dit : mission accomplie je l’aurai pas mieux pris.
Rentrons maintenant dans le vif du sujet. Je vous en parlais en fin d’année dernière, Ondubground c’est ce duo originaire de Tours, fondateur du label ODG qui distribue des tas d’albums, dont pas mal de perles, de manière complétement gratuite. L’initiative était étonnante à plusieurs niveaux, notamment de par le nombre d’artistes concernés, mais aussi par la qualité de la production musicale disponibles. Les musicos nous avaient très gentiment salués pour notre article en concluant, je cite : « On reviendra à des choses plus électroniques avec BAD SIDE, sortie prévue au 16 janvier 2011 ». La transition annoncée, je sentais une sourde crainte poindre en moi. Le dernier artiste Dub que j’ai vu vouloir effectuer une telle transition, c’est Kanka avec son projet Alek6. Ce dernier a du finir par se rendre à l’évidence et revient cette année avec ce qu’il sait faire de mieux : du DUB. A l’inverse cette transition peut extrêmement bien se passer, comme on a pu le voir avec les derniers opus d’High Tone (qui aura bientôt son propre pavé dégoulinant d’amour avec leur dernier projet : High Damage). Bref, malgré quelques essais pour la plupart concluant, Ondubground s’aventurait là en terrain glissant. Ou disons plutôt que je les attendais au tournant.
C’est donc avec quelques semaines de retard, une tournée sud-américaine, et surtout les examens de fin d’année étant passé par là, que Bad Side est sorti. Le premier projet non gratuit du Label. Loin de jouer mon éternel rabat joie anticapitaliste, j’ai donné mes 7€ de très bon cœur au regard de la part qu’ils avaient jusqu’alors dans ma consommation musicale. Déjà parce que c’était pas cher, mais parce que surtout c’était pour moi l’occasion de soutenir un peu tout ça. Quelques minutes de téléchargement plus tard, je montais les basses d’un chouia et j’envoyais la purée. La première écoute fut agréable, mais retenue. Un peu comme si vous on vous lâchait tout seul dans la maxi propriété des beaux-parents la première fois que vous les rencontrez. On est curieux, perdu, contemplatif mais surtout on a envie de faire bonne impression. Il m’aura fallu donc un bon mois d’écoute pour me faire un avis tranché. Après l’avoir bien mastiqué, ingurgité, digéré et assimilé, je suis maintenant à même de vous en parler. Et je vais arrêter de te faire mariner, Lecteur : Bad Side vaut largement qu’on s’y attarde.
Ondubground s’électronise, certes mais ne perd pas ses racines même si celles-ci se font discrètes. Les sonorités prises une par une nous sont déjà connue au travers de tout ce qu’ils ont pu faire avant. Ici une structure empruntée à Crush Hour, là ce petit clavier échoisant à contretemps… Loin de se montrer répétitif, ces éléments font l’identité du groupe, et utilisés à bon escient comme ici, ils font offices de Phares pour que jamais nous ne perdions la côte de vue. C’était là ma plus grande crainte avant l’écoute. ODG ne chercher donc pas à ressembler à qui que ce soit. ODG fait ce qu’il sait faire. Et une fois cette information consommée, l’intitulé du projet, Bad Side, prend tout son sens. Parce que si sur le plan auditif nous ne sommes pas largués, niveau ambiance c’est comme passer de Dr Jekyll à Mr Hyde. Point de petit riddim bucoliques cette fois mes enfants. Bad Side c’est Alice au Pays des Merveilles version Côté Obscur de la Force.
(La vidéo est cliquable pour se balader de track en track)
L’EP s’ouvre sur Low Gravity. Un Rubadub bien lent et bien profond comme on les aime. La voix d’Asaitsan est juste magnifique, touchante de légèreté et vibrante de mélancolie. Le mariage est réussi à merveille. Les alternances des passages chantés qui empruntent un peu au Jazz pour souligner la voix, et ceux où cette dernière s’efface pour laisser la musique reprendre le dessus sont très bien maitrisées. Là vous reconnaitrez sans problème la patte du groupe tourangeau tout en découvrant une sonorité inédite. L’électronisation va et vient avec beaucoup de justesse. L’alchimie de cette track est très délicate, mais de par-là très agréable. Juste du kif.
On continue avec Drone, un morceau qui me permet d’aborder un point très important de l’album, que l’on retrouvera plus loin sur d’autres morceaux. Ce que j’appelle le Story Telling. Prenez les premières 80 secondes du morceau. Vous pouvez clairement définir 3 segments musicaux distincts. En jouant avec ces 3 typologies différentes, en les alternants, les entremêlant, Ondubground crée une progression dans le morceau, une narration où les 3 protagonistes seraient nos 3 segments. Le tout est très légèrement saupoudré de petits samples qui viennent ajouter à l’ambiance. On alterne tour à tour entre les headbangs et les moments d’apesanteur.
J’aime beaucoup les cordes légèrement dissonantes de l’intro du morceau suivant intitulé Minor. Ce morceau est un des plus aboutis au niveau de l’ambiance. On a une vraie sémantique globale, comme un champ lexico musical, qui me renvoie directement au paradoxe inhérent au rêve. D’un côté une variation de sensation et de propos qui font sens de manière indépendante, mais avec cette espèce d’absurdité propre à l’inconscient. Fourmillant de détail sur l’arrière-plan auditif, on retrouve cette narration musicale dont je vous parlais précédemment. Et ici particulièrement, elle prendra tout son sens. Bref, un morceau entre Frankenstein et la SF des années 60. Un bijou.
On enchaine avec Dirty Minded. Dommage c’est la track que je préfère le moins. Non pas qu’elle soit mauvaise, juste que j’ai énormément de mal avec l’électro hip hop. Le Hip Hop de mon point de vue, ça se suffit à soi-même. Je dirais même que je considère que c’est un des genres qui se marie le moins bien avec les autres. Il est facile de lui apporter des nombreuses influences, mais il est à mon sens très difficile à exporter. La voix est agréable, le petite touche orientale aussi subtile qu’agréable. Monté, Drop, les Wobbles partent. Il est d’ailleurs amusant de noter que la plupart des morceaux jouent extrêmement bien avec cette dualité clair/obscur. Les Wobbles donc … Ceux-ci sont très fluides et viennent doucement « racler le sol », et donner par là même un petit côté chaloupé à tout ça.
Dès la première écoute, No Traffic m’aura complétement captivé par sa puissance et la multiplication des influences. La structure globale ressemble beaucoup à du bon gros métal, la partie vocale presque mystique et on retrouve carrément le coté story telling porté à son paroxysme. On vous mène par le bout du nez pour le coup. Je pourrai vous en parler pendant encore 10 pages tant je l’ai immédiatement kiffé, mais le point à retenir c’est surtout que je ne m’en sois pas lassé. Ma track préférée donc.
On passe ensuite à Get Down, que l’on avait pu un peu éprouver dans le trailer de l’album. Là je dois vous avouer que je suis un peu déçu par le résultat final. Encore une fois sans être un mauvais morceau, j’ai le perpétuel sentiment que celui-ci se montre trop attentiste. Peut-être un peu plus classique dans sa construction, voire même un peu générique, ou peut-être trop linéaire. Une partie supplémentaire qui prendrait le contrepied de ce qui est déjà en place sur le morceau aurait peut-être ajouté un peu de folie. D’autant plus difficile à critiquer qu’il m’est impossible de franchement pointer un mauvais point du doigt. Je resterai donc sur ma faim.
Not For You, dernier morceau de l’EP, aura sans doute était celui sur lequel j’aurais eu le plus de mal à me faire un avis. J’irais même jusqu’à dire que c’est la track la plus expérimentale du projet. Les violons du début donne un coté grandiloquent, presque précieux au morceau, avant de sombrer dans les abîmes de la folie. Il y a parfois dans ce morceau une légère amusicalité (néologisme <3) qui le rend je trouve un peu plus dur à aborder que les autres. Mais une fois cette écueil passé, il nous entraine dans un voyage sans queue ni tête bien foutu. Les intonations lancinantes de la musique viennent se succéder aux vocalises (un peu classiques d’ailleurs) de la chanteuse dans un imbroglio sans nom. Les samples toujours choisis avec le même soin, et l’apogée du morceau est vraiment magique.
Au final Ondubground nous propose donc un très bon EP qui vaut largement son prix. Sans jamais oublier leurs origines, le duo français nous propose une autre facette de son univers. C’était l’intention de départ, et en ne cherchant jamais à voir plus loin que celle-ci, le groupe s’est épargné de nombreuses erreurs qui ne demandaient qu’à être commises. Ils n’ont jamais cherché à faire comme si, et c’est en ca que cet EP est une réussite incontestable. Si je devais apporter une nuance, je dirai que ça ne sera mon album préféré celui-ci ayant valeur de crochet plus que de virage. Le groupe a en effet déjà annoncé son prochain projet plus en phase avec leur univers de base.
Bonus Stage
Le petit remix de John Williams qui va bien. Le morceau qui m’a fait bloquer plusieurs jours tellement il PHAAAAAAAAAAAAAAT !! Si l’ambiance est clairement orientée dubstep, on a un petit coté steppa très discret, très sourd, mais très profond en même temps qui vient soutenir le morceau. Une boucherie !
Ondubground en 5 Questions :
- Vos références musicales ?
Prodigy, Brain Damage, Dub Terror, Koan Sound (…)
- Les morceaux que vous ne pouvez pas écouter ?
Ahah ! Toute composition mérite d’être écouté (au moins une fois !)
- Vos morceaux préférés dans votre propre production ?
Décidément! Je dirais qu’on aime toutes les réécouter, chacune marque une période de l’histoire du groupe et aborde un style différent.
- Avez-vous un processus créatif type ? Comment abordez-vous la création d’un nouveau morceau ?
Il n’y a pas de processus créatif type, cela peut partir d’un sample ou d’un simple duo basse/batterie.
Le plus enrichissant est surement le travail en collaboration avec un MC; harmoniser un riddim en fonction des lyrics et l’ajuster à l’univers du chanteur.
Toute la recherche autour du remix est très intéressante également.
- Et comment est-ce que vous envisagez l’année à venir ?
Pleine de compositions ! Nous avons déjà sorti "BadSide" premier volet de notre triptyque pour 2012, suivra "DubTrap" en septembre ainsi que "AddVice" qui clôturera la trilogie en fin d’année.
Chaque opus contient sept tracks, l’ensemble sera disponible physiquement en fin d’année.
Il y a également un maxi quatre titres "The Wolrd of Biga*Ranx & Ondubground" qui sort chez X-Ray Prod début juin 2012, ainsi que "DubPlates Bangers" l’album d’Atili Bandalero en collaboration avec ODG prévu lui pour la rentrée.
Merci 1000 fois pour le temps que vous avez bien voulu m’accorder, je ne peux parler qu’en mon nom, mais sachez que je serais au rendez vous =) encore une fois …
Vous pouvez checker l’actu du label sur http://www.odgprod.com, celle du groupe sur Facebook, et surtout donner vos 7 euros là.
YoNe



