Electronica, Electro-Dark, Deep House… WTF?
Vous l’aurez certainement remarqué, vous qui suivez assidument le blog, je suis entré depuis quelques temps dans une période très électro. Mes co-blogueurs s’en plaignent certainement, moi non. Car creuser dans l’électo, genre – qui n’en est pas vraiment un – protéiforme et d’une adaptabilité caméléonienne, c’est un peu comme suivre le fil d’Ariane dans un labyrinthe musical. En explorer les arcanes revient à contempler un mur dont chaque pierre est d’une couleur différente, mais lorsqu’on s’en éloigne, un motif apparaît. Un peu comme ces posters de mauvais goût où Yoda apparaît à partir d’une mosaïque d’images de Star Wars… Tout ça pour dire en réalité que l’électro est une véritable mine à surprise où les impasses se révèlent parfois être des veines musicales extraordinaires. La plus récente de ces trouvailles improbables : Lee Burton.
Non, le monsieur n’est pas un gringo, il n’est pas non plus un afro-américain. En fait, il s’appelle Lefteris Balabakas et il est grec. Oui, c’est tout de suite moins classe. Ce qui est autrement plus classe en revanche, c’est que le Monsieur a reçu l’absolution du maître et pionnier incontesté (français lui, précisons le) : Laurent Garnier. « if like me you’re a fan of FINK or PIERS FACCINI, you’re gonna love LEE BURTON’s album Busy Days For Fools on KLIK rec. Absolutely vital » Comment un simple tweet peut-il se transformer en graal du marketing… En attendant, le maître a donné un peu de notoriété à l’élève, et ce pour notre plus grand plaisir. Le challenge va être de vous définir sa musique. Dès que vous écouterez, vous comprendrez pour quoi. Mais commençons par le commencement. Le compositeur s’était fait connaître avec le projet deep house Liberto et l’EP Lullaby. Il signe en février 2012 son premier album, Busy Days For Fools, sous le label Klik Record. Si toi aussi tu aimes ce titre, partages cet article. Bref, l’album est étrange, polymorphe et entêtant, comme un voyage sur la route 66, sous acide, entre un coucher de soleil et les ténèbres de la nuit. Indéfinissable, sensoriel, génial.
L’album débute avec Breath, sorte de minimale germanique un peu ratée, il faut le dire. C’est ensuite que tout décolle. Le temps de quatre morceaux consécutifs, You’ve Got Me, Crash , Recover et Analyse This, Lee Burton nous transporte véritablement dans son univers. Lieu étrange, sorte de Backroom d’un club berlinois aux relents de bad trip, on a l’impression de nager dans l’inconscient de son créateur. Vous vous dites que je pars loin. Et c’est pas faux. Mais plus je me repasse ces morceaux, plus j’ai l’impression de découvrir un nouveau niveau de profondeur sensorielle. Comme des poupées russes. Le reste de l’album, bien que toujours correct, ne mérite pas qu’on s’y attarde beaucoup plus (quoique je déshabillerai bien une femme sur Jimmy’s laughing…). Alors j’ai beaucoup parlé de ressenti, mais comment définir techniquement cet album… Est-ce bien utile? Lorsqu’on arrive dans les sous-genre, la catégorisation perd souvent de son sens. Mais tentons l’exercice. Disons simplement que Lee Burton est dans une double lignée : celle de Nicolas Jaar ou Apparat, cherchant à déconstruire la composition, la mélodie, dans une recherche de minimalisme laissant place à l’imagination et aux sens ; et celle de la deep house bien allemande, rythmée et entêtante, qu’on ne peut écouter que sous ecstasy ou très tard le soir, une cigarette entre les doigts et l’esprit perdu dans les limbes. Mais je ne peux m’empêcher de trouver dans les morceaux Crash et You’ve Got Me une emprunte de Blues américain, un reste de ces fantasmes à la Easy Rider, du rêve d’un motard perdu dans les grands espaces. Sa musique pourrait s’agrafer parfaitement à un film de David Lynch en fait. Je compte sur vous pour écouter l’album, passer sur sa page et me faire partager votre ressenti.



