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Le Klub Des Loosers – C’est l’histoire du rap qui fait du bien quand ça fait mal.

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C’est encore moi. J’vous entends râler, pas la peine, vous savez que je m’adapte au genre de la personne que je remplace… Et Toof, c’est suffisamment éclectique pour qu’on tombe d’accord. Il y a quelques temps de ça, je vous parlais d’Orelsan (on ne s’emballe pas, je m’explique) et lors de la rédaction de mon article j’avais tenu à ne pas comparer cet artiste auto-entrepreneur à certains de ses collègues du rap français. Orelsan fait des textes pour les amateurs de rap commercial et sans cohérence, sans flow, sans rien… Et puis pour les autres, ceux qui s’attardent un minimum sur la qualité… Bon bah, nous, on a Fuzati et le Klub des Loosers.

Faut se faire une raison, tous les « rappeurs blancs » ne peuvent pas avoir le flow d’Eminem qui a donné ses leçons à bien des rappeurs US. En même temps, penser que la seule alternative serait Orelsan c’est vraiment se faire du mal pour rien.

La scène française regorge d’artistes qui ne correspondent pas au cliché du rappeur et qui s’en sortent tout aussi bien, que ce soit sur l’instru, les textes ou la production. Phil vous a déjà parlé de l’Affaire. On a déjà évoqué 1995. On a parlé rapidement de Svinkels… Mais on a oublié de vous parler du Klub des Loosers et – pour remplacer dignement Toof – il convient de réparer cette erreur au plus vite. Surtout que – pour ceux qui sont au moins aussi à la rue que moi – ils viennent de sortir un album après quelques années d’attente : La fin de l’Espèce est venue faire un petit frère à « Spring Tales » et surtout à « Vive la Vie ».

Le Klub des Loosers est une sous division du Klub des 7 rassemblant le rappeur Fuzati et le DJ Detect sous la même bannière, recevant souvent/parfois des invités pour quelques partenariats de courtes durées.

Le Klub des Loosers, c’est un rap décalé et différent. C’est une voix presque désagréable à la première écoute sur un instrumental de génie. Ce sont des textes incroyablement bien construits, à la fois violents et tristes, trash et délicats, vrais et délirants… Jouant sur le cynisme, l’horreur, le mal-être, la misanthropie et la peur du monde, le Klub des Loosers illustre sans mal le pire de cette société en utilisant un support d’une qualité peu égalée.

Fuzati ne se censure pas, se laisse aller, balance ses textes et impressionne son monde. Je trouve parfois le travail « trop facile » et peut être « pas assez élaboré », un manque de recherche au profit du brut de décoffrage qui peut plaire comme son contraire… Mon impression générale dépend souvent de mon humeur, pour tout dire, mais cette vague opinion négative n’enlève rien au respect que mérite ces deux artistes.

Après ce bref rappel de ce que fait et peut être le Klub des Loosers, revenons-en à l’actualité pour parler de la Fin de l’Espèce, sortie le 5 mars dernier. Un album de la maturité, cette fois, et c’est d’ailleurs ce que laisse largement entendre Fuzati dans une interview donnée à Next Libération : « De toute façon, je voyais cet album comme une évolution: après avoir abordé l’enfance et l’adolescence dansVive la vie, le personnage de Fuzati devait être beaucoup plus adulte. Pour nourrir ça, il fallait vivre. Si j’avais fait un album deux ans après, le vécu n’aurait pas été suffisant. » Cette citation illustre à mon sens plutôt bien ce dernier opus. Plus sombre ou peut-être plus désabusé, le Klub des Loosers aborde l’actualité avec une acidité et une auto-dérision qui devraient en inspirer certains…

« Je n’ai rien de désaxé, c’est vous qui ne marchez plus droit
Chérie ne t’inquiète pas non je ne me tromperai pas d’endroit
Je sais parfaitement où la mettre pour que le futur soit plus beau
Parfois ta merde salit les draps
Mais tout le monde pourra boire de l’eau »

« Triste sourire, clope au bec désolé pour les traces de cendres
Nous sommes de la mauvaise viande, difficile d’être tendre
La laideur se fait plus discrète dans la pénombre et le silence
Je rallumerais si tu te tais comme tu es belle cela compense
Toutes ces filles se ressemblent comme les allées d’un cimetière »

« Bizarrement même les branches n’arrivent plus à me supporter
Elle a fait comme l’amour, en trois secondes elle s’est cassée
Et j’ai l’air con la corde au cou, le cul par terre, super
Moi qui voulait me foutre en l’air, j’aurais mieux fait de me défenestrer
Mais je retire la corde comme un cordon ombilical
C’est une seconde naissance, j’ai butté mon adolescence
Ça se fête, j’allume une clope, comme un condamné à vivre »

Un album qui illustre quelque part le problème des « adultes adolescents », le personnage de Fuzati (personnage, vous aurez noté, bande de mauvaises langues) qui restent coincés entre un monde de « grands » et les restes adolescents et lucides d’une grande gueule qui déprime. On peut lire sur La Fin de l’Espèce tout un tas d’avis, du bon au mauvais… Mais les mauvais ont pour eux un point commun : « on ne peut pas cracher sur Detect mais quel autiste ce Fuzati ».C’est sûr qu’à préférer un bon suicide social dégueulasse et vide de sens perdu dans un album qui prône aussi le plaisir d’être chez soi, autant cracher sur un personnage qui s’avoue aussi paumé que décontenancé devant un monde qui ne lui inspire que de la violence. La musique devrai servir à expectorer toutes ces noirceurs et venir critiquer un tel travail revient à croire au bisounours ou à vouloir lire du cliché ex taulard ou que sais-je encore.

Laisser au Klub des Loosers le mérite de son authenticité et de sa noirceur c’est admettre par la même que la musique garde encore le sens qu’elle a eu dès ses premières heures : refléter le monde et permettre à l’humain de cracher ce qui l’étouffe pour le dédramatiser.

Cendar.

PS - Je sais que l’introduction sur Orelsan était petite, basse et facile mais j’aime fêter le début des "vacances" par quelque chose de vil. C’est chose  faite. Bonnes vacances et bonnes Pâques.

3 Commentaires Poster un commentaire
  1. C’est vrai que DJ Detect déboîte. Vieille branche est une merveille. Moi je kiffe Fuzati, il est tellement vrai et noir qu’il en devient touchant.

    07/04/2012
  2. Calembreloque #

    Oh oui oh oui oh oui.

    J’suis assez d’accord sur le noir "pour le noir" de Fuzati ; mais la plupart du temps, on écoute du Klub des Loosers dans un certain état d’esprit, qui colle bien à la vérité toute nue de ses textes.

    07/04/2012

Rétroliens & Pings

  1. NancyJazz Pulsations – Le rap attaque. | Ink

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