Bibi Tanga ou la poésie urbaine sauce franco-africaine
Vous avez déjà entendu parlé de Funk française? Non? Moi non plus. Du moins jusqu’à la semaine dernière. Et puis je suis tombé sur une anomalie dans la matrice. Une anomalie pas désagréable du tout. Bibi Tanga. Quand on lit la bio du monsieur, on a toute de suite un goût de légende urbaine dans la bouche. Bibi Tanga c’est un peu l’âme de l’artiste véritable comme on se l’imagine dans nos rêves urbains. L’âme de la ville. Le jeune centre-africain Bienvenue Tanga a échoué sur les rivages parisiens au cours de son enfance. Fils de diplomate, il a voyagé, vu, s’est imprégné, s’est cherché. Tiraillé entre le continent noir et la patrie de Jeanne D’Arc, c’est finalement cette dernière qu’il choisira. Avant de faire les rencontres déterminantes de sa carrière, il arpentera un certain temps le métro parisien, par plaisir et pour tester son répertoire, au même titre que le nigérian Keziah Jones. L’urbanité contemporaine dans toute sa poésie.
Cette richesse, on la perçoit dans sa musique. Quand je vous disais “French Funk”, c’est en réalité bien réducteur. Après s’être passé quelques titres de son cru, on s’aperçoit vite que ce qui sort des doigts et de la bouche de notre artiste dépasse de loin un seul genre. On passe des rythmes traditionnels africains de “Be Africa” à la volupté jazzy/groovy de “Red Wine” en passant par la Funk débridé de “It’s The Earth That Moves”, la Funk expérimentale de “Pain in My Chest”, l’abstract hip hop de “Talking Nigga Brothaz” ou l’electro swing de “Swing Swing”. Pour être tout à fait franc, je n’ai pas vu de telle diversité depuis pas mal d’années (oserais-je dire depuis Demon Days de Gorillaz?). Ca n’empêche pas ce répertoire d’être cohérent, trouvant son point Godwin dans la joie qui se dégage de la voix et du jeu de Bibi Tanga. On retiendra essentiellement de ses collaborations la première qui le propulsera avec le Professeur Inlassable (aux platines) et celle avec The Selenites qui confirmera définitivement l’immense talent du quadragénaire. Je ne peux que me morfondre en attendant la sortie de leur prochain album en collaboration, 40° of Sunshine, prévue pour mars. Je fais maintenant place à la musique et ne saurais que trop vous conseiller de fouiner un peu dans cette mine brute, brillante et nocturne.



